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La pensée économique médiévale

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La pensée économique au Moyen-âge est issue du cadre philosophique tracé par Aristote [1] que saint Thomas d'Aquin [2] renouvela dans une approche théologique. Cette démarche fonda la scolastique[3].
L'économique répondait chez Aristote au concept d'administration domestique (oïkos nomos), c'est-à-dire de la famille, de la maison et par extension de la cité. Elle appartient à la politique.
Aristote s'intéressait au lien entre l'économique et la chrématistique (du grec, khréma, richesse, possession), ou art d'acquérir des richesses. Il distinguait l'économique de la chrématistique qui consiste dans l'accumulation de monnaie[4]. Selon lui, cette dernière peut revêtir trois formes : le commerce extérieur, le prêt à intérêt et le louage de travail.
Dans son prolongement, Thomas d'Aquin distingua toujours l'économique de la chrématistique, cependant, il admet un profit commercial modéré si ce dernier a un objectif d'utilité sociale.
Comme Aristote, les scolastiques dénoncèrent l'usure, c'est-à-dire l'intérêt, quel qu'il soit, qui est le prix de l'usage de la monnaie. Reprenant le droit romain sur les contrats, ils distingueront les biens non fongibles (ou durables) et les biens fongibles (ou non durables). L'usage des biens durables (la terre, la maison) peut-être séparée de la propriété. Il peut donc faire l'objet d'un contrat de prêt gratuit (ou commodat) ou non gratuit (ou location). Dans une location, le propriétaire garde son bien mais en cède l'usage. En revanche, on considérait que l'usage des biens non durables (biens de consommation, monnaie) ne peut être séparé de la propriété. Le droit d'usage doit donc être transféré gratuitement (mutuum) avec la propriété du bien. Dés lors, l'intérêt n'a donc pas lieu d'être car la monnaie était considérée comme un bien non durable, créée pour faciliter l'échange et être consommée[5].
La monnaie entre la facilité de compte et l'actif réel[6]
Thomas d'Aquin reconnaissait deux sortes de biens :
- Le bien non fongible (ou durable), dont la propriété est distincte de l'usage. Il peut être prêté (à titre gracieux ou onéreux).
- Le bien fongible (ou non durable), dont la propriété est indistinct de son usage. Il ne peut être prêté puisque l'usage (ou la consommation) le détruit. Il peut en revanche être remplacé par un autre bien identique.
La monnaie était identifiée à un moyen d'échange, c'est-à-dire à un bien fongible. Elle ne pouvait donc être prêtée. La monnaie n'était donc pas considérée comme un « actif » au sens économique de tout bien qui produit un revenu.
Autrement dit, la monnaie était comprise comme un instrument de compte, un signe de crédit, et non comme un actif de patrimoine s'appuyant sur un support physique.


[1] - Aristote (384-322 avant Jésus-Christ), philosophe grec, élève de Platon, précepteur d'Alexandre le grand, fondateur de l'école péripatéticienne.
[2] - Thomas d'Aquin (1225-1274), docteur scolastique, théologien surnommé docteur Angélique. Il développa des considérations sur le rapport des hommes, des sociétés et des biens, autour de la Somme théologique . Il adopta la pensée d'Aristote aux dogmes chrétiens.
[3] - Scolastique, du latin schola (école), enseignement philosophique et théologique qui s'attacha, dès le XIIIe siècle, à éclairer la philosophie antique, notamment grecque, à la lumière du christianisme.
[4] - La chrématistique est l'art de l'enrichissement, notamment par l'accumulation de monnaie (appelée également pécuniative) sous forme de thésaurisation et de prêt à intérêt. Elle fut dénoncée par Aristote et les Pères de l'Eglise. « La richesse n'est pas le bien suprême que nous cherchons. Car elle est simplement utile et a une autre fin qu'elle-même » (Aristote, Ethique à Nicomaque, 1, 5), et aussi Politique (sur la chrématistique de I.8 à I.11).
[5] - Cependant, on admit trois exceptions : - le droit à pénalité si le prêt monétaire n'est pas rendu au terme prévu. Ce droit est fixé au préalable. – le droit à recevoir un indemnité pour une perte subie – le droit à compensation si la somme prêtée avait été utilisée différemment de l'usage pour lequel le prêt avait été accordé, et avait autorisée un profit.
[6] - Au sens comptable, l'actif est un élément identifiable du patrimoine susceptible de produire un revenu. Un actif financier est un placement financier susceptible de rapporter des revenus à son propriétaire. L'actif correspondant à l'emploi, le passif à la ressource.
Dans le même esprit, on appelle également actif une personne en âge d'occuper un emploi sur le marché du travail.

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