Zhou Shuguang, alias Zola, est l'un des plus célèbres blogueurs de Chine. Autant dire que la police le surveille de près. Elle lui a même interdit de se rendre à Pékin pendant les J.O. Va-t-il suivre cet amical conseil? Pour le savoir, retrouvez ses chroniques sur Marianne2.
26 juin 2008 : je décide de faire un reportage sur les JO. Je commence à faire de économies. Je me dis que je vais filmer, enregistrer tout ce qui se passera pendant les JO, même si ma liberté risque d'être limitée sur Internet. J'ai déjà vu des citoyens dont on a limité la liberté. J'espère que le gouvernement ne me limite pas. J'ai déjà rédigé quelques textes. Peut-être qu'on fera en sorte qu'ils ne soient pas disponibles sur mon site Internet. Sinon, je ferai paraître une lettre « posthume » sur mon blog, pour prévenir que ma liberté est limitée.
16 juillet 2008 : je suis arrivé à Pékin, mais des amis m'ont dit que la police est en train de mettre en place une mission pour me contrôler.
Le 24 juillet 2008, je suis revenu dans la province du HuNan. Et après deux semaines, la police n'a rien pu retenir contre moi : je ne suis pas membre de la Mafia, je n'ai aucune croyance religieuse, je n'ai jamais participé à une mauvaise organisation, mes fonds viennent d'une collecte effectuée par mes cyber-copains, eux-mêmes sont très honnêtes, et tout ce que j'ai écrit sur internet correspond à la loi chinoise. Donc, la préfecture n'a rien trouvé sur moi jusqu'à maintenant. Personne ne peut m'arrêter.
Trois personnes seulement m'ont interrogé : le responsable de la préfecture locale, le responsable du bureau de sécurité avec son assistant. Ils m'ont simplement demandé de ne pas venir à Pékin avant fin septembre, sans explication. Ils m'ont même dit de ne pas hésiter à les contacter en cas de problème.
Ce matin, le président du syndical a voulu me rencontrer. Il m'a demandé si j'avais des problèmes à résoudre. Comme j'ai un problème avec le logement que je loue, le président m'a promis de m'aider à trouver la solution. Ça m'étonne beaucoup d'avoir un soutien d'un responsable de gouvernement.
A ceux qui me disaient de ne pas venir à Pékin, j'ai demandé s'il me fallait aussi leur autorisation pour me rendre à Shanghai ou à Guangzhou ? Ils m'ont répondu que non, ce n'est pas la peine. Mais si je vais à Pékin, leur ai-je demandé, en quoi je vous dérange ? Ils m'ont répondu qu'ils faisaient très attention à moi, à ma sécurité, et que pour ma sécurité ils espèrent que je ne viendrai pas à Pékin avant fin septembre. Mais ils ne m'ont jamais dit en quoi exactement je les dérangerais si je venais à Pékin. De toute façon, je leur ai dit que je n'ai pas les moyens d'y aller. Les hôtels y sont en ce moment aussi chers que les hôtels internationaux. On est passé de 50 yuans la nuit il y a quelques temps, à 240 yuans la nuit pour la période des JO. Je ne peux pas non plus habiter chez des amis puisque, n'ayant ni billet d'olympique ni attestation de logement temporaire, je n'ai pas le droit de rester à Pékin. En fait, j'ai dit à la police que je ne pourrai pas aller à Pékin à cause de l'argent, mais je n'ai pas promis de ne pas y aller. Dès que j'aurai réuni les fonds, je viendrai quand même. Je croyais que « Bienvenue à Pékin » , ce n'était pas seulement des paroles. Si je ne suis pas le bienvenu, qu'on me dise pourquoi.
Et si je ne peux vraiment pas venir à Pékin pour enregistrer la cérémonie d'ouverture des JO, j'écrirai un texte pour expliquer à tous mes cyber-copains comment faire un reportage sur internet. Si quelqu'un veut empêcher les Chinois de parler de leur histoire autour d'eux, c'est peine perdue. Si la presse est comme une guerre, si des journalistes de la presse officielle lancent des offensives contre les peuples d'Internet, alors la presse tombera évidemment à la mer d'une guerre des peuples.
Qui est Zola?
Lisez son portrait ici.
Commentaires (0 posté):
Postez votre commentaire