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Une autre LCR est-elle possible?

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Le Congrès de la Ligue communiste révolutionnaire doit entériner le projet de « nouveau parti » d'Olivier Besancenot. Vraie rupture à gauche ou dépoussiérage de façade ?

Petit à petit, on devient un « nouveau parti ». Ce jeudi 24 janvier s'ouvre le Congrès de la Ligue communiste révolutionnaire, et c'est sans doute l'un des derniers rassemblements du Parti sous sa forme actuelle. Pendant trois jours, les discussions porteront sur le fameux projet de transformation du mouvement, qui pourrait même changer de nom d'ici la fin de l'année. Une révolution ? Interrogé sur France Inter lundi dernier, Olivier Besancenot a fait savoir que « 80% des militants » étaient d'accord pour « amorcer le processus constituant » d'un nouveau parti. Cette formule un peu alambiquée parle d'elle-même. En réalité, le changement fait débat chez les trotskystes. Quand certains souhaiteraient que la LCR participe à la fondation d'un grand parti d'extrême-gauche qui agrège les courants «antilibéraux» à gauche du PS, la majorité du Parti privilégie un projet bien moins ambitieux : ouvrir un peu les portes et augmenter le nombre de militants.

Cinquante par-ci, soixante par-là
« Si on arrive à 6000, on sera contents », expliquait Alain Krivine à Marianne2.fr. Objectif : doubler les membres du Parti. Déjà, la Ligue se réjouit de voir fleurir un premier « comité » pour un nouveau parti à Marseille ou de recevoir le soutien d'un petit groupe de syndicalistes comme Union 68 à Mulhouse. Cinquante personnes par-ci, soixante par-là. La stratégie paraît pourtant bien timide à certains… « Ce n'est pas comme cela que l'on va construire une alternative politique à gauche ! », se désole Christian Piquet, du courant minoritaire de la LCR , qui représente 14% du parti. « Lutte ouvrière et Alternative libertaire ont décliné notre invitation, alors avec qui allons-nous former ce nouveau parti ? Avec des groupuscules microscopiques ! C'est irresponsable. Si nous nous ouvrions plus franchement, quitte à discuter avec des courants d'autres formations politiques venus du PCF, des collectifs unitaires, des Verts ou même du PS, nous serions capables de proposer une réelle offre politique. Au lieu de quoi, on va laisser le jeu politique aux mains d'une droite néo-conservatrice et d'une gauche d'adaptation aux mesures libérales qui n'est même pas assez crédible pour l'emporter en cas d'alternance. »

Orphelins mécontents
En amont du Congrès, Christian Piquet a commencé à renouer le dialogue avec ces « orphelins politiques de la gauche antilibérale » qu'il souhaiterait voir travailler ensemble : des syndicalistes de Sud, de la CGT, des membres d'Attac, des communistes comme Roger Martelli ou encore des socialistes du courant PRS de Jean-Luc Mélenchon… « Des dizaines de milliers de gens seraient prêts à rejoindre une vraie force de gauche, surtout au vu de la dérive à droite du PS, entre ouverture et rapprochement vers le centre. Mais la majorité de la Ligue a peur de prendre des risques en s'associant avec d'autres formations structurées. » La Ligue aurait-elle peur de se faire déborder par des formations concurrentes ? Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, est bien plus dur : selon lui, le « facteur sympa » entend « faire son beurre sur l'absence d'espoir à gauche ». « On observe une recomposition politique, avec une droite qui a absorbé les idées de l'extrême-droite, et une gauche qui se rapproche du centre droit. Ce bipartisme convient très bien à Besancenot, cela va lui assurer un matelas de voix protestataires à chaque élection. Je le vois toujours dans l'incantation et la protestation, mais dès qu'il s'agit de constituer un front face à la droite, rien n'est jamais assez bien pour lui ! »

A la ligue, rien de nouveau ?
Les unitaires, un peu abandonnés par leur leader José Bové, font le même constat. « Les sondages montrent que Besancenot jouit d'une vraie popularité. Cela traduit l'aspiration profonde à une force de gauche radicale, analyse notamment Yves Salesse, ex-LCR passé aux collectifs unitaires et soutien de José Bové pendant la campagne. Mais la LCR ne relèvera pas ce défi. Elle va grossir un peu, changer de nom…cela n'a rien de nouveau : ils avaient déjà envisagé ce projet en 2002. Ce n'est même pas vraiment un évènement. L'objectif de la Ligue est sa seule construction, la dynamique collective ne les intéresse pas. » Du coup, on prépare les municipales en bricolant. Les collectifs unitaires tentent de survivre, faisant parfois liste commune avec la LCR, comme à Toulouse ou à Montpellier. Des accords locaux se négocient aussi au compte-goutte entre la Ligue et le PCF. Les altermondialistes, eux, organisent leur Forum social mondial 2008 qui se déroule jusqu'au 26 janvier, dans l'indifférence générale. « Ce qu'il y a de bien, ironise Yves Salesse, c'est qu'à gauche de la gauche, on est tellement fractionnés qu'on pourrait difficilement l'être plus ». A la veille du Congrès, Christian Piquet ne désespère pourtant pas de voir son Parti sortir de sa niche électorale : « Peut-être que les résultats des municipales vont les faire réfléchir. Sinon, on en prend au minimum pour quinze ans… »

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