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Témoignage vécu : Ces hommes qui veulent revenir à la maison

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C'est dans les vieux Marianne qu'on trouve les meilleurs déconnautes. Ainsi de cette série parodique parue en 2001 consacrée aux «marronniers», ces sujets qui refleurissent régulièrement à la une des magazines. Aujourd'hui: l'homme au foyer.

Témoignage vécu : Ces hommes qui veulent revenir à la maison
Un jour, ils se sont dit: «Moi aussi, je veux me lever à midi et glandouiller devant la table à repasser en regardant Les feux de l'amour sur TF1.» Alors, ils se sont lancés. On les appelle les «nouveaux pères». Ils ont décidé de rester au foyer pendant que «maman» travaille. Mais, entre eux, ils se surnomment les «nouveaux esclaves». Car la vie de femme au foyer, même pour un homme, n'est pas si rose. Je le sais bien: j'en suis. Tous les matins, je me lève le premier pour préparer le petit déjeuner de mon épouse et de nos enfants. Puis, après la séance du baiser sonore donné à la maîtresse de maison, sur le pas de la porte du garage, il faut courir, sans se prendre les pieds dans sa robe de chambre, pour laver et habiller la progéniture. Pour enfin, exsangue, livrer les diablotins à l'école primaire la plus proche.

Entre feux de l'amour et cuisine Ikéa

De retour à la maison, le repassage attend. Le ménage aussi. Le jardinage idem. Sans parler de la nouvelle cuisine Ikea dont les paquets trônent dans l'entrée depuis six mois, sans que l'épouse comprenne que, tout viril qu'on est, on ne peut pas en même temps changer les couches du petit dernier, regarder «Les feux de l'amour», repasser et monter les meubles haut de la future nouvelle cuisine, sous peine de finir par visser la couche sur le nain, repasser l'écran de télé et regarder en chialant les cartons Ikea.

«Qu'est-ce qu'on mange ?»
Le soir, Madame arrive à 20 h 30, exige qu'on lui narre par le menu le journal télévisé et la météo, puis demande d'un air rogue: «Quand est-ce qu'on dîne ?», histoire de ne pas dire: «Qu'est-ce qu'on mange ? J'espère que t'as fait autre chose que des surgelés.» C'est vrai qu'avec les 20 F quotidiens qu'elle nous attribue, elle s'attend à ce qu'on fasse bombance tous les jours... Et jamais un mot, pas l'ombre d'une question sur notre journée à nous. En revanche, les jérémiades sur la chef de service Truc qui essaie de piquer sa place en se faisant mousser auprès du directeur Bidule, ça fait tout le repas. Jusqu'à la cigarette finale, fumée pendant qu'on débarrasse et qu'on charge le lave-vaisselle tout seul, sans avoir eu droit au moindre compliment sur notre saucisson de Lyon-pommes à l'huile, sinon un vague: «Tu peux pas enlever la graisse avant de servir ?»
Vient alors l'heure du café - elle prend de la tisane, en fait. Ça concorde avec l'heure à laquelle il faut sortir la poubelle. Et qui se coltine la corvée ? Bibi. Madame passe alors au salon, en transitant malheureusement par l'entrée où les paquets Ikea semblent lui faire un clin d'oeil chaque soir. Immanquablement, elle démarre au quart de tour. «Quoi ? T'as pas encore monté un seul meuble ? Alors que tu ne fais rien de la journée ?» On prend sur soi.

Esclave moderne

Malgré cela, dès qu'elle a mis un pied dans le lit conjugal, elle s'imagine que ça va être le grand jeu. Elle s'imaginait... Habituée dorénavant à mes migraines épouvantables, elle a pris un amant - le chef comptable de sa boîte. Au moins, quand elle se rend à un grand dîner avec lui, il a d'autres sujets de conversation que le dernier lait Guigoz ou la troisième péridurale de sa femme. C'est vrai que le codage des comptes, l'actif et le passif, c'est bien plus palpitant ! Mais je m'en fous: je préfère être là où je suis plutôt que sentir l'eau de Cologne Mennen - répugnant ! Et tenace ! Ça ne part même pas au lavage. Et puis, je la lui laisserais bien volontiers, ma femme, si seulement j'avais un toit, un boulot, un salaire. Tenu, je suis tenu. Rivé à la maison comme un vieux clou qui ressasse sa haine de son marteau. De sa femme. De toutes les femelles qui peuplent la Terre. Je ne comprends toujours pas comment elles ont fait, elles, pour ne pas nous haïr quand c'était nous les «chefs de famille»...
Jean-Claude S. (propos recueillis par Bénédicte Charles)

Pour retrouver les précédents marronniers de l'été, cliquez ici.

       

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