Cette semaine ressemble à la précédente : l'affaire Siné mobilise les Mariannautes, parfois contre Marianne2. Alors, on y revient, d'autant qu'il y a de l'actualité...
Puisque l'actualité nous le recommande, revenons une fois encore, la dernière sans doute, sur l'affaire Siné-Val. Manifestement, les commentaires témoignent de ce qu'une partie importante de nos lecteurs n'a pas compris le sens de notre couverture journalistique de cette affaire, à lire les centaines de messages suscités par
l'article SIné, Val, grosse fatigue.. N'a pas compris ou, tout simplement, n'est pas d'accord. A lire un grand nombre de ces commentaires, il fallait soutenir Siné sans condition, faute de quoi nous serions à ranger pour toujours dans le camp de Philippe Val, voire,
horresco referens, dans celui des néo-conservateurs à la française.
Que nous reprochent ces mariannautes ?
D'abord, de sombrer à notre tour dans le conflit d'intérêt. Aurélie Simon :
«Faut-il s'étonner de voir Philippe Cohen qui, on l'a peut-être oublié, a publié avec son ami l'avocat Richard Malka, une bande dessinée sur Nicolas Sarkozy, voler aujourd'hui au secours du patron de Charlie-Hebdo, le sioniste Philippe VAL, dont l'avocat n'est autre que le même Richard Malka ? Qui se souvient en effet que mis en cause par le quotidien Le Monde lorsqu'il a publié, avec son ami Pierre Péan « La Face cachée du Monde », le même Philippe Cohen a été défendu par un avocat nommé Malka et prénommé Richard ?»
»
Oui, chère Aurélie Simon, j'avoue que, écrivant un article sur
Charlie et une affaire concernant deux protagonistes principaux – Val et Siné – je n'ai pas pensé que mon opinion sur le sujet pouvait être influencée par le fait que mon co-auteur de «La face karchée de Sarkozy», Richard Malka, est aussi l'avocat de
Charlie et a été le mien dans le procès – qui a donné lieu à une médiation – de «La Face cachée du Monde». Reconnaissez quand même que cette affaire n'est pas l'affaire Malka. Le lien est indirect. Mais je vous concède volontiers que j'aurais pu préciser cette proximité…
Marianne2 complaisante avec Charlie ?
L'autre critique principale concerne le point de vue adopté par Marianne2, jugé trop complaisant à l'égard de Philippe Val.
«Je ne suis pas d'accord avec cet article, écrit ALAN, il n'y a rien d'antisémite dans les propos de SINE. Franchement, cette conversion du fils SARKO a quelque chose de comique... Pourquoi ne pas s'en moquer? Cela n'entache en rien le judaïsme qui est respectable et respecté.» Vicente ajoute :
«l'auteur n'est pas exempt de mauvaise foi (ou d'incohérence) en ceci : après avoir proclamé sa neutralité ("tant qu'il est encore possible – pour combien de temps ? – de n'être ni pro-Siné ni pro-Val"), il qualifie l'article de Siné de "dérapage inacceptable" ! Ceci après l'avoir accolé à Dieudonné, qui vient de donner pour parrain à son bébé Le Pen ! (pauvre bébé).»
Beaucoup de posts reprennent cette antienne. Beaucoup sont excédés de ce qu'il leur apparaît que toute critique des Juifs, patrons ou intellectuels, est devenue impossible pour quelques «vigilants» autoproclamés de l'antisémitisme, comme Claude Askolovitch à l'origine de l'affaire. Une critique qui, d'ailleurs, rejoint celle formulée par un autre journaliste du
Nouvel Observateur,
François Reynaert
Il me semble d'abord que l'on fait à Marianne2 un faux-procès : qui, sinon ce site a, le premier, rendu publiques cette affaire et la crise interne qu'elle a déclenchée à
Charlie ?Dans un premier temps, les commentaires ont d'ailleurs salué les deux articles d'Anna Borrel publiés
les 11 et 15 juillet.
Le précédent de 1985
Apparemment, la distance prise à l'endroit des partisans de Siné suscite la réprobation parmi eux, ce qui est logique. Pourtant, je maintiens – cette position personnelle n'engage que moi – que, si Siné n'a aucunement conscience d'être antisémite, ses écrits et ses propos peuvent facilement être interprétés de cette façon. Il aurait sans doute suffi d'une phrase de précaution pour éviter ce type d'interprétation. Il ne l'a pas écrite. Et cette erreur n'est pas la première puisque, en 1985, Siné avait été condamné pour les propos suivants tenus sur Carbonne 14 :
«Je suis antisémite depuis qu'Israël bombarde. Je suis antisémite et je n'ai plus peur de l'avouer. Je vais faire dorénavant des croix gammées devant tous les murs. (…) On en a plein le cul. Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s'il est est pro-palestinien.» Siné avait, à l'époque, obtenu de la LICRA qu'elle retire sa plainte en s'excusant de la façon suivante : «Mes effets de provocation et d'humour au pénultième degré, que je manie d'habitude avec dextérité, étaient, cette fois, ratés et complètement odieux.» Bien sûr, la condamnation de Siné – une autre association avait maintenu sa plainte, comme je l'avais écrit – est ancienne et mérite prescription. Mais ses défenseurs inconditionnels devraient méditer le fait que lui-même avait reconnu – et c'est encore le cas cette fois-ci –l'extrême ambiguïté, pour ne pas dire plus, de ses diatribes. Seul Siné aurait-il donc le droit de critiquer sa prose ?
Nouveaux rebonds de l'affaire
Notre distance avec Siné ne nous empêche nullement de pointer les erreurs de Philippe Val, et c'est sans doute ce qui déroute ceux qui nous critiquent. Il y a d'abord cette incongruité de vouloir sanctionner celui qui écrit et pas celui qui a laissé publier alors qu'il a la responsabilité juridique de la publication; il y a ensuite cette erreur d'exiger de Siné une lettre d'excuse tout en demandant, parallèlement à la rédaction, de signer un texte le condamnant. Cette volonté de réunir toute la rédaction de
Charlie contre Siné a quelque chose de malsain qui rappelle les procès staliniens. A mon humble avis, cette maladresse ne fait pas non plus l'affaire des Juifs, car elle suggère que l'exceptionnalité de la Shoah requiert un surcroît de précautions littéraires et oratoires que ne mériteraient pas les autres groupes humains. Et c'est bien en alertant les rédacteurs de
Charlie des risques encourus par un procès en antisémitisme de la famille Darty que Philippe Val les a mobilisés contre Siné. Lequel ne méritait probalement ni tant d'indignité ni tant d'honneur que lui font ses défenseurs mariannautes.
Aujourd'hui, Siné reprend l'offensive, et
Charlie aussi. Le premier a décidé d'attaquer Claude Askolovitch en diffamation et
Charlie pour licenciement abusif, tandis que nouvelobs.com publie la
chronique de Siné de la semaine. De leur côté, les défenseurs de Val montent au créneau : après
BHL, voici
Laurent Joffrin et SOS Racisme. Nous voilà repartis pour une polémique sans fin et, je le maintiens, sans grand intérêt intellectuel…
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