Journal des independants: Sarkozy entre l'impossible relance et la présidence de l'Union Sarkozy entre l'impossible relance et la présidence de l'Union ================================================================================ Marianne2.fr on 30 July, 2008 02:48:00 La présidence française de l'Union était censée marquer le retour de la France en Europe. Elle semble surtout contribuer au muselage de Nicolas Sarkozy et à la banalisation de sa politique économique. On avait coutume de parler d'un omniprésident, et les gazettes sont emplies, après son «raid constitutionnel», de confidences par lesquelles Nicolas Sarkozy affirme s'être peu à peu convaincu de la nécessité de tout faire par lui-même. Même s'il ne le reconnaît évidemment pas, on a souvent l'impression qu'il souligne implicitement l'incompétence de son entourage. UNE TAXE SUR LES REVENUS DU CAPITAL POUR FINANCER LE RSA ? Ces réflexions seraient-elles des rodomontades ? En tout cas, en fin de semaine, la ministre de l'économie et des finances Christine Lagarde est montée au créneau pour redéfinir la stratégie économique du régime, dans une interview à Libération : «D'ici à 2012, la priorité absolue est d'éliminer le déficit public, elle n'est pas de baisser les impôts. La situation de nos finances publiques nous l'interdit.» La ministre n'avait que de mauvaises nouvelles à annoncer, confirmant que le temps des baisses d'impôts était révolu. Lagarde n'a pas prononcé le mot de rigueur, sans doute pour ne pas réveiller le conseiller spécial, que ce genre d\'expression met en émoi. Mais ce qu'elle a décrit y ressemble furieusement : arrêt des baisses d'impôts, attaques contre les niches dites «sociales» (il s'agit de l'intéressement notamment). Mieux, il semble bien que les réformes que le régime entend poursuivre soient désormais financées par des taxes supplémentaires. Lundi, la taxe sur les revenus des mutuelles constituait un premier pas dans ce sens. Mais, en cette période de disette budgétaire, l'un des seuls espoirs de voir le Revenu de Solidarité Active financé réside dans l'instauration - bien improbable dans le climat actuel - d'un nouvel impôt sur le capital. LE TABOU DE LA RIGUEUR ET LE TOTEM SARKOZY Ce programme peu «sexy» ne signifie-t-il pas, tout simplement, que le pouvoir a tourné la page de la relance par la baisse d'impôts ? Au fait, quand publiera-t-on un vrai bilan de ce «paquet fiscal», auquel le Président Sarkozy a sacrifié tout son début de quinquennat ? Pris à revers par le retournement de conjoncture et l'inflation pétrolière et alimentaire, la dépense publique a sans doute connu, à cette occasion, de piètres rendements. En 1982-83, le gouvernement Mauroy avait inventé le doux mot de pause lorsque le Président Mitterrand avait fini par suivre les objurations de Jacques Delors en faveur d'un plan de rigueur. Cette fois-ci, le même processus n'est pas nommé : la rigueur est donc bien le tabou, au service d'un totem, Sarkozy, lui-même, qui choisit de se confiner dans le rôle du Président volontariste et hostile à l'orthodoxie budgétaire et monétaire, attaquant, non sans raisons d'ailleurs, la banque centrale européenne et le commissaire européen Peter Mandelson. VIVEMENT LE LAVANDOU... Cette habile mise en scène, que chacun nie à l'Élysée, et dans laquelle joue incontestablement le tempérament du Président, ne doit pas cacher l'absence de marge de manœuvre dont dispose le régime. A chaque fois que le Président fait mine de contester les règles stupides instaurées par Maastricht et la création de l'euro, les épigones de l'orthodoxie néolibérale rappellent qu'en matière budgétaire la France est un mauvais élève. Chaque fois que le Président imagine des solutions pour renforcer le pouvoir d'achat des Européens face à la crise pétrolière, comme la baisse de la TVA sur le pétrole par exemple, il ne parvient pas à intéresser ses partenaires. Sitôt que Nicolas Sarkozy cherche à contrer Peter Mandelson dans les négociations de l\'OMC, on lui rappelle prestement qu'il sort de son rôle de Président de l'Union, même si, en l'occurence, neuf pays ont soutenu la démarche du Président. Si bien que la présidence française de l'Union, qui était censée marquer «le retour de la France en Europe», est en train d'aboutir, à l'inverse, à sa marginalisation de la scène publique européenne. Ce qui ne serait pas si grave si, au même moment, une conjoncture délétère (confer la dernière étude de l\'INSEE sur le moral des ménages) ne rendait pas plus utile que jamais l'intervention publique. Les dizaines de milliards d'euros du paquet fiscal seraient bien utiles aujourd'hui. Mais le gouvernement ne les a plus. Dans ces conditions, on comprend mieux la précipitation du Président à partir en vacances et à se recentrer sur... la promotion du disque de son épouse.