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Pouvoir d'achat : quand Leclerc fait son Sarko…

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Nouvelle croisade de Michel-Edouard Leclerc contre les hausses des prix des industriels. Les dessous d’une campagne publicitaire.

Pouvoir d'achat : quand Leclerc fait son Sarko…
Michel-Edouard Leclerc est remonté sur son petit poney. Périodiquement, le patron des enseignes éponymes lance une grande campagne à vocation « pédagogique ». Le film est toujours le même : les industriels se sucrent sur le dos des consommateurs grâce à une réglementation « illibérale », autrement dit une entrave à la concurrence sur les prix. En ce début d'année où la publicité solde ses tarifs comme les magasins leurs prix, Leclerc s'est donc payé des pages de publicité dans la presse quotidienne régionale dénonçant à la vindicte publique quelques industriels coupables d'avoir augmenté les prix de leur produit. Ciblés par le charismatique patron de l'enseigne, les fromages Vache qui rit, les crèmes anti-rides Loréal et Nivea, Orangina pour son sirop Pulpo citron, les produits d'entretien Ajax et les gâteaux Brossard.

Chantage public
Pour le distributeur, toutes ces marques profitent du contexte inflationniste que nous connaissons pour augmenter leurs prix dans des proportions indues. Exemple : le +16% de La Vache qui rit. Du coup, Leclerc menace : si ces industriels persistent, les magasins Leclerc ne les commercialiseront plus ! Les suspensions de commande font d'ordinaire partie de la négociation. Mais en publicisant la question Leclerc passe de la négociation au chantage public. Leclerc fait, en quelque sorte, son Sarkozy : tout doit être montré, exposé. Le problème est que, manifestement, le président du pouvoir d'achat est plus discret sur ce sujet aujourd'hui...
En réalité, il n'est pas inintéressant de se renseigner sur les raisons de ces augmentations de prix, qui semblent autant de cas de figure différents. Dans le cas de la Vache qui rit, entreprise stable s'il en est, l'augmentation de prix s'explique d'abord par la hausse du lait, qui atteint tout de même 35%, ainsi que par celle du pétrole. Si Michel-Edouard a une solution, il ne devrait pas la garder pour lui ! Le cas de L'Oréal et Nivéa est différent : les produits anti-ridesse vendent moins, et les deux entreprises tentent un dernier coup avant reformatage ou … abandon. Enfin, alors que tous ces groupes sont des multinationales, les gâteaux Brossard sont commercialisés, eux, par une PME.

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Pouvoir d'achat : quand Leclerc fait son Sarko…
Pressions sur le gouvernement
Quel est donc l'objectif de Leclerc en dénonçant, seul parmi ses confrères, les augmentations de prix ? Lutter contre l'inflation ? C'est fort peu probable : il suffit de lire le quotidien Les Echos pour savoir qu'il s'agit d'un phénomène mondial dû à l'irruption sur le marché mondial de quelques centaines de millions de consommateurs chinois ou indiens.
Enfin, le patron des hypermarchés Leclerc entretient une confusion entre les tarifs publics (ce que paye le consommateur) et les prix de cession : entre les deux, il y a toute la négociation commerciale entre industriels et commerçants, et tous les « services » exigés par les seconds des premiers qui bonifient d'autant les tarifs.
En réalité, Michel-Edouard cherche sans doute, en bon lobbyiste, à faire pression sur le gouvernement avant la publication du rapport Attali la semaine prochaine et la promulgation d'une énième loi sur les relations entre les industriels et la grande distribution, préparée par Loïc Chatel. or, il semble bien que leclerc n'ait pas obtenu satisfaction dans ces négociations. Et les industriels peuvent très bien renvoyer Leclerc à ses chères études : l'inflation est moins forte en France que dans les autres pays européens.
La bataille de Leclerc est aussi motivée par un affront juridique récemment essuyé par l'enseigne, condamnée pour « fausse coopération » après une longue procédure, à rembourser Danone, Nestlé, Lavazza, etc. Sur ce point, Michel-Edouard Leclerc a raison d'être inquiet par une loi devenue sid difficile à appliquer qu'elle fait peser de sérieux risques juridiques sur les enseignes.
Mais il y a plus grave : en exigeant des industriels « plus de transparence », Leclerc cherche à transformer une relation de partenariat commercial en relation de donneur d'ordre à sous-traitant. L'indice le plus parlant en est le tableau que les managers de Leclerc demandent aux industriels de remplir avant toute augmentation : ce tableau se présente comme une grille comportant plusieurs cases : fabrication, transports, etc. Il s'agit pour l'industriel de « justifier » en quelque sorte, sa hausse des prix, et non plus de discuter d'égal à égal avec les fabricants. « Nous voulons bien négocier nos prix avec les commerçants, conclut un industriel contraint à l'anonymat ( le chantage au « dé-référencement » qui fait disparaître un produit des rayons, fonctionne toujours, surtout vis-à-vis des PME), mais nous voulons des services en échange. » On ne peut pas lui donner tort, surtout lorsqu'on connaît la sanction de ces « négos de la mort » telle que les rêve Leclerc : de nouvelles délocalisations et l'esclavagisation des salariés de l'industrie.

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