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Pendant les J.O., retrouvez les chroniques quotidiennes de notre envoyé spécial à Pékin, Alain Léauthier. Non loin de la place Tian'anmen, les habitants du quartier de Qianmen ont été expulsés un à un pour laisser le champ libre à la construction d'un Pékin de pacotille.
La petite dame en blanc n'en revient pas qu'on ait pu arriver jusqu'à sa rue, Xidamo'changjie, à moins de cent mètres de la place Tian'anmen. Quelques heures plus tôt, la police en barrait l'accès. La maréchaussée venait d'embarquer sans ménagement trois à cinq familles du quartier après une sorte de sit-in improvisé qui a immédiatement déclenché un embouteillage monstre. Depuis la répression du mouvement étudiant et démocratique de 1989, Tian'anmen ne figure pas parmi les rares lieux où les Pékinois ont théoriquement le droit de manifester. Et les J.O. n'y changent rien. Objet de la protestation des téméraires : la faiblesse des compensations financières accordées lors des expulsions qui se poursuivent dans le secteur tout proche de Qianmen. Les toutes dernières, en fait, tant la destruction du vieux Pékin semble quasiment achevée. D'ici la cérémonie d'ouverture des Jeux, vendredi 8 août, une rue piétonne aussi longue que large sera ouverte aux touristes chinois et étrangers au sud de la place. Des ouvriers mettent la dernière touche de peinture sur des cubes de béton « habillés » d'époque, censés imiter l'architecture des « siheyuan » et des « dàzayuan », les maisons traditionnelles sur les ruines desquelles s'élève désormais ce Disneyland du « faux ancien ». Beaucoup adorent et se presseront sans regret dans les dizaines de bars et restaurants qui vont embellir l'ensemble.
Les habitants expulsés pour laisser place aux luxueuses rénovations
A Xidamo'changjie en revanche, la petite dame en blanc vit dans un ensemble d'authentiques et minuscules maisonnettes datant du début du siècle, autour d'une cour carrée à laquelle on accède par un étroit boyau. Avec elle, sa fille enceinte de neuf mois et le mari de cette dernière qui, contrairement à la coutume, demeure pour l'instant sous le toit de sa dulcinée. Un toit fait de tuiles datant de la dynastie Qing, la dernière à avoir régné sur la Chine jusqu'en 1911. En tout, ils sont une petite vingtaine appartenant peu ou prou à la même famille. Et malgré tout l'or du monde que les autorités n'ont de toute manière pas l'intention de leur offrir , ils ne veulent pas quitter leur arbre et préfèrent longtemps encore arracher l'herbe folle sur les tuiles au printemps et se chauffer au charbon l'hiver. Une petite pancarte bleue clouée sur la porte d'entrée laisse entendre que la cour est « protégée » et de fait, pour l'heure, les bulldozers n'ont pas encore montré le bout de leur pelleteuse. Plus qu'une destruction pure et simple, ils redoutent plutôt une de ces opérations de luxueuse rénovation, très en vogue, dont les expatriés ou les plus cultivés des nouveaux riches Chinois constituent la clientèle privilégiée. « Après, les prix sont inaccessibles pour nous, on doit partir.» Si le pire devait arriver, Xidamo'changjie résistera peut-être. Sans grand espoir. En attendant, ses habitants suivront les Jeux à la télé, une distraction qui ne se refuse pas. Le vieux Liu, chauve et édenté, arrondit sa maigre retraite en maniant le peigne et la pompe à regonfler les pneus des vélos. Quelques yuans supplémentaires, bien que le vélo se fasse rare. De toute manière, pas de quoi se payer un billet.
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