Zhou Shuguang, alias Zola, est l'un des plus célèbres blogueurs de Chine. Retrouvez chaque jour sur Marianne2.fr son point de vue sur son pays à l'heure des JO.
Pour moi, Marianne, c'est une peinture que j'ai vue pour la première fois à l'école : « La liberté guidant le peuple ». A l'école, j'ai également appris la Révolution, la Commune de Paris, la Terreur, etc. Mais aussi le grand général Napoléon, et « Les Misérables » de Victor Hugo, « Mon oncle Jules » de Maupassant… La plupart des Chinois connaissent la France grâce à l'école, ou en lisant les grands auteurs comme Balzac. Pour nous, la France est un pays romantique. Paris est une ville de la Mode, avec ses beaux vêtements et ses parfums.
Aux yeux des Français, j'imagine que la Chine doit être un endroit où on fabrique des produits moins chers, une usine internationale connue sous le nom de Made in China. Je ne veux pas combattre ni encourager ce genre d'impression. Je veux tout simplement présenter la Chine que je connais.
La Chine est un pays où le fossé entre la ville et la campagne est énorme. En fait, depuis une trentaine d'années d'ouverture de la réforme, la vitesse de développement de la ville et celle de la campagne sont totalement différentes. Aujourd'hui, la ville attire les ruraux en masse. A commencer par Pékin, qui a connu un développement incroyablement rapide : les gens de campagne y surgissent, ils sont fiers d'habiter en ville. Moi, j'ai travaillé pendant cinq ans à Shenzhen*, puis je suis retourné vivre dans mon village où il n'y a pas de grands immeubles, pas de rythme de vie comme dans la grande ville, pas de pollution bien sûr, la vie y est bien moins chère qu'en ville, pas besoin d'être un locataire. Il est vrai que la région où je vis reçoit beaucoup de pluie et de soleil, a une grande richesse de produits. On peut y vivre dans l'aisance. 90% des familles travaillent, pour pouvoir s'offrir un logement comme une petite villa.
Mais dans les autres régions de Chine, la campagne est rude, à cause des difficultés de transport, de l'environnement ou du climat rudes. Il est difficile d'y faire des études. Certains habitants ont même du mal à s'y nourrir. Bien sûr, il y a des aides. Mais elles sont toujours utilisées pour des situations plus urgentes…
La vie en banlieue est plus dure encore. Pour faire de la place au développement rapide des villes, les habitants de banlieue sont expropriés par le gouvernement, et comme les indemnités qu'on leur offre sont rarement satisfaisantes, on les fait souvent partir sous la menace de violences. Comme la presse est devenue un instrument de propagande pour le gouvernement, elle ne joue pas son rôle de contrôle, et dénonce encore moins les abus. Ainsi, quand le monde entier a découvert l'affaire de
la « maison clou » de Chongqing, aucun journal n'a relayé l'information chez nous.
En Chine, la devise c'est :
« One Party, One Dream ». Tous les organisations du gouvernement sont liées au Parti, aucune n'est indépendante. Même le procureur reçoit beaucoup de pressions. La justice est difficilement indépendante en Chine. De plus en plus, les gens considèrent que la justice aide le pouvoir à arracher leur terre aux Chinois, ils disent que la justice ne juge pas bien, et contrevient même à la loi.
C'est que la liberté de parole a beaucoup progressé. Certes,
Hu Jia a été condamné trois ans de prison à cause de ce qu'il a dit, mais les Chinois estiment que s'ils parlent simplement de leur mécontentement, c'est quand même sécurisé. Il n'y a pas de problème en Chine. Certes, mon blog personnel est censuré par le gouvernement chinois, mais je suis tout à fait en sécurité, ce n'est pas comme les gens imaginent.
*Shenzhen, dans la riche province du Guangdong, est l'une des villes chinoises qui a connu la plus forte croissance démographiques ces trente dernières années. Son agglomération compte aujourd'hui plus de 7 millions d'habitants. Ndlr
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