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«Moi, Brigitte C., 30 ans, accro à l'aiguille (et au fil)»

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C'est dans les vieux Marianne qu'on trouve les meilleurs déconnautes. Ainsi de cette série parodique parue en 2001 consacrée aux «marronniers», ces sujets qui refleurissent régulièrement à la une des magazines. Aujourd'hui: les drogués du point de croix

«Moi, Brigitte C., 30 ans, accro à l'aiguille (et au fil)»
«J'étais en vacances en Espagne avec des amis. Jusque-là, la simple vision d'une aiguille me faisait défaillir. Et, pourtant, j'ai décidé d'essayer. J'ai immédiatement été accrochée par cette première expérience. Je me suis mise à ne plus penser qu'à ça. J'en rêvais la nuit. Tout mon argent y passait», raconte Brigitte C, 30 ans. Brigitte C. fait partie de ces femmes qu'on appelle les crucifilistes, les accros du point de croix. Qui aurait pu croire, il y a encore trois ans, que cette grande fille toute simple, qui n'a jamais été capable de coudre un bouton et pour qui, à l'école primaire, l'atelier tricot s'apparentait à une salle de torture, s'adonnerait un jour à la broderie ? «Pas moi en tout cas, confie-t-elle. J'avais toujours pensé que l'un des principaux mérites de Mai 68 était d'avoir supprimé les cours de point de croix à l'école pour les filles.» Pourtant, il a suffi d'une fois. Le fait que le crucifilisme soit, ces dernières années, devenu une activité branchée a fait le reste: les modèles proposés n'ont plus rien du ringardissime «chaton à la pelote de laine». Surtout, le point de croix a des vertus thérapeutiques non négligeables: quand on brode, on ne fume pas, on ne stresse pas. A condition de ne pas se laisser happer par la spirale infernale qui conduit de la broderie douce à la broderie dure.

La broderie douce mène à la broderie dure

On commence par offrir des abécédaires aux copines enceintes, et on finit par engloutir tout son argent dans d'innombrables mensuels spécialisés (Art et fil, Mains et merveilles, Point de croix Magazine, les Travaux de Marianne...), jusqu'à ne plus pouvoir passer devant une mercerie sans y entrer pour se procurer le dernier kit de chez DMC, la nouvelle boîte à couture, les petits ciseaux gravés... Sans parler du linge de maison prêt à broder, hors de prix. «Je pouvais dépenser 2 000 F par mois. Je ne partais même plus en vacances: on ne peut pas broder sur la plage, le sable s'insinue entre les fils et le sel les décolore.» Un cas isolé, Brigitte ? Non. Selon un sondage Sofres réalisé en 1996, 15% des cadres supérieures et des professions libérales s'adonnent à cette activité, qualifiée de «drogue douce», et très lucrative pour les dealers de fil et d'aiguilles.



Pour retrouver les précédents marronniers de l'été, cliquez ici.

       

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