Comment le Géo Trouvetout de léconomie verrouille la com de son rapport, y compris par des menaces judiciaires brandies par son éditeur, XO.
Avant même sa publication, la commission Attali connaît déjà ses premiers couacs. Depuis quelques semaines, les sages réunis pour fomenter les fameuses propositions destinées à
« libérer la croissance » baignent dans une douce paranoïa. Les fuites récurrentes sur son grand projet agacent prodigieusement Jacques Attali, qui craint de se faire piquer ses idées par ses amis ministres. Impossible de garder secrètes les idées géniales élaborées par la commission. Point d'orgue : vendredi dernier, le
site des Echos a eu le toupet de mettre à disposition de ses internautes une première version du rapport. Réaction immédiate, non pas d'Attali lui-même, mais de son éditeur, Bernard Fixot. La maison d'édition XO a fait retirer le document du site et annonce ce lundi dans un communiqué qu'elle porte plainte pour
« vol »,
« recel de vol et contrefaçon » contre le journal.
Commission grand public
Question : mais comment se fait-il que le rapport Attali, d'intérêt public et fruit d'une commission mise en place par l'Elysée, soit publié par un éditeur privé ? Réponse d'Image 7, le cabinet, tout aussi privé, chargé de la communication de la commission :
« Jacques Attali souhaitait que ce texte, qui intéresse le plus grand nombre, puisse être mis à disposition d'un large public ». Aussi, plutôt que de le faire simplement éditer par
La Documentation française, qui propose les textes institutionnels en accès libre sur son site ainsi qu'au format papier, Jacques Attali aurait-il décidé de faire appel aux services de Bernard Fixot, un grand ami de Nicolas Sarkozy, comme en témoigne sa présence au Fouquet's le soir de l'élection présidentielle. Le document sera donc co-édité par XO et La Documentation française.
Business is business
Manque de chance, cette entreprise de
« mise à disposition d'un large public » part fort mal puisque l'éditeur attaque en justice
les Echos qui, justement, souhaitaient informer leurs lecteurs sur le travail de la commission ! A Image 7, on explique que le quotidien économique a eut le tort de faire paraître une version non-définitive du texte. Mais alors, sera-t-il possible aux rédactions et aux particuliers de reproduire le rapport dans sa version définitive ? Non, sauf à avoir négocié un accord de droits avec XO. Autant pour la « mise à disposition d'un large public »…
Copyright Attali
Cette affaire braque malencontreusement les projecteurs sur le dispositif mis en place par Jacques Attali pour faire buzzer sur son projet. Editeur privé, cabinet de communication privé (et pas des moindres, puisque
Image 7' s'occupe, entre autres, de la communication du groupe Pinault-Printemps-La Redoute, de Mittal, du Club Med…), interdiction aux membres de la commission de parler de leur travail : rien n'est laissé au hasard dans l'environnement du directeur de Planetfinance. La mise en place ressemble plus à un lancement de produit réussi qu'à un travail d'intérêt public. Avec un business-plan bien pensé. Car si personne ne souhaite s'exprimer, que ce soit à l'Elysée ou à la commission, sur le budget alloué à Jacques Attali, Image 7 assure que les droits d'auteur du rapport serviront à financer les frais de fonctionnement de la commission. XO reste muet sur le sujet. A la commission, on paraît plus qu'embarrassé. Mais d'autres questions restent en suspens. A combien s'élèvent ces frais de fonctionnement? Combien coûtent, notamment, les prestations d'Image 7 ? Mystère, personne ne consent à rendre de comptes. Dommage, on aurait bien aimé en savoir plus. La privatisation de la com des projets de l'Etat, voilà peut-être une nouvelle idée à creuser pour relancer la croissance ?
Commentaires (0 posté):
Postez votre commentaire