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Benoit Basirco a fondé la rubrique « B.O » du magazine Studio et le site internet www.cinezik.com. Interview.
Fin connaisseur des musiques de films, Benoit Basirco a fondé la rubrique « B.O » du magazine Studio et le site internet www.cinezik.com. Invité à participer à des tables-rondes sur ce thème lors du Salon du cinéma, il commente pour marianne2.fr l'évolution de la bande originale de film.
Mariannne2 : On célèbre cette année le centenanaire de la « B.O ». Autrefois considérée comme un genre mineur, elle rencontre aujourd'hui un grand succès auprès du public. Comment expliquez-vous cette évolution ?
Benoit Basirco : Il est vrai que depuis quelques années, de plus en plus de cinéphiles s'y intéressent. On peut même parler d'effervescence ! Le Festival d'Auxerre, entièrement consacré à la musique de film, a vu sa fréquentation augmenter très nettement. Du coup, tous les festivals de cinéma s'y mettent. Même au Festival de Cannes, il y a un pavillon « musique de film » !
C'est lié au fait que les artistes pop-rock n'hésitent plus à composer des musiques originales. D'Emilie Simon pour La marche de l'Empereur à M. pour Ne le dis à personne, tous les artistes veulent faire « leur » BO. C'est une forme de reconnaissance et un moyen de toucher un public plus large.
Mais les réalisateurs font de moins en moins appel à des compositeurs pour leur BO. Les bandes-son des derniers films de Tarantino sont des compilations personnelles. Est-ce la fin du métier de compositeur ?
BB: Les réalisateurs contemporains sont issu de la génération Ipod. Ils ont ce que j'appelle un « esprit sample » (le morceaux unique par opposition à l'album) et ont l'habitude de fabriquer des compilations. C'est ce qui leur donne ce rapport mélomane à l'image. Cela peut être un peu agaçant, comme quand Luc Besson insère des morceaux de rap juste pour cibler le « public banlieue » de Taxi, mais cela peut se révéler très intéressant comme chez Lynch ou Tarantino, justement.
Quoi qu'il en soit, cela ne signifie absolument pas la mort du métier de compositeur. Pour créer des univers musicaux particuliers, les réalisateurs auront toujours besoin de créations inédites. Dans ce cas-là, le compositeur n'est pas un technicien, mais un artiste, au même titre que le réalisateur. Il perçoit des droits d'auteurs puisqu'on considère qu'il a co-écrit le film.
Depuis la fin du cinéma muet, à quoi sert la musique dans les films ?
BB : Ca dépend de l'imagination du couple cinéaste-compositeur. Chez Hitchcock, chaque instrument est associé à une arme. Dans Le parrain, la célèbre mélodie de Nino Rota revient régulièrement dans le film pour rappeler les origines siciliennes de la tribu Corleone. Sur le tournage de Twin Peaks, David Lynch faisait écouter le musique aux acteurs dans le but affiché de conditionner leur jeu… Parfois, elle participe directement à l'histoire. Comme dans Psychose, où la scène de la douche n'est pas si violente si on enlève la musique (et le montage).
Dans les films d'horreur, justement, n'en dit-elle pas un peu trop ?
BB : Dans les mauvais, oui. Mais les bons réalisateurs de cinéma d'horreur ont su se moquer de ce travers. Comme John Carpenter qui, dans Halloween, utilise la musique pour créer des fausses pistes et jouer avec les nerfs du spectateur. Ou comme Dario Argento qui joue la surenchère et crée l'horreur kitsch.
Certains réalisateur refusent-ils d'utiliser la moindre note de musique ?
BB : Absolument. C'est le cas de Bruno Dumont, par exemple. A ses yeux, ses films ont leur propre musique grâce aux dialogues et aux bruitages. Hitchcock a beaucoup utilisé la musique mais dans Les Oiseaux, il n'y a pas une note de musique : ce sont les bruits des oiseaux qui remplissent la fonction de la BO. Le courant « dogme » a longtemps refusé d'utiliser la musique, mais comme ils aiment subvertir leur propre règles, ils en ont mis dans Les Idiots…
La Bande Originale se vend bien. N'a-t-elle pas été rattrapée par le marketing ?
BB : Elle a commencé à se vendre dans les années 60. Ce sont des morceaux d'Ennio Morricone qui ont, pour la première fois, été édités sous format vinyle. Depuis, cela a évolué avec le support. Le succès d'une BO peut parfois être aberrant. Je pense à Titanic et Céline Dion, par exemple. Dans ce cas-là, une boite de production passe un deal purement commercial avec un label. Le label impose alors une chanteuse dont la carrière a besoin d'être relancée. La dimension artistique est totalement écartée. La preuve : pour les dessins animés, on change la chanteuse en fonction du pays où il est distribué. Dans la version américaine de Bee Movie, ce n'est pas la chanteuse française Camille qui chante !
Propos recueillis par Anna Topaloff
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