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Avec i>Télé, la chronique de Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.
François Fillon a de l'humour. L'information est suffisamment étonnante pour que Le Figaro, Le Parisien et même Libération la relèvent. Ces quotidiens soulignent de concert élogieux que le chef du gouvernement avait su se montrer sérieux certes, mais ironique et même, imaginez un peu, « facétieux ». Il est vrai qu'en présentant ses vœux à la presse hier, celle-ci avait pris soin de préciser qu'il lisait les journaux très attentivement, ce qui est quand même une manière de se concilier leurs bonnes grâces. Mais ce n'était pas tout. Il s'en faut.
D'abord ses vœux avaient été délocalisés, avec quelque autodérision dans la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, comme s'il était au milieu de l'Ange de Reims et de la Vierge de Saint Nectaire un chef d'œuvre de la culture française sinon en péril, du moins à reconsidérer. Et avec cette audace folle qui ne le caractérise pas toujours en public - car il a de l'humour en privé - François Fillon a caricaturé le style conférence de presse classique mais sans faire semblant de laisser les journalistes l'interroger, car il a pris soin de se poser à lui-même les questions.
Ravi de la bonne blague, il s'en est infligé 17 de suite - Sarkozy en avait essuyé 22 - et a poussé la plaisanterie jusqu'à poser des très mauvaises, c'est-à-dire vagues, questions de journalistes, destinées d'abord à faire mousser son interlocuteur ou soi-même.
« Quel objectif vous fixez-vous pour les municipales ? » « Les remporter » « Est-ce que l'ouverture va se poursuivre ? » « Oui » « Comment fonctionne le couple exécutif ? » « Très bien ».
Le droit de suite n'existait pas davantage que pour le président, ainsi le Premier ministre a évité les interrogations trop gênantes et précises sur le pouvoir d'achat. Il s'est montré presque aussi directif que Sarkozy, mais en apparente douceur et s'est s'adjugé les bénéfices de l'action et la responsabilité des combats à venir. Fillon s'est ainsi attribué les bons résultats de la lutte contre la délinquance, a revendiqué aussi bien les objectifs de croissance pour 2008 (entre 2 et 2,25 %) que la notation des ministres confiée au transfuge Eric Besson qui, enfin, a trouvé un emploi. Il a enfin tranché le débat entre Fadela Amara et Christine Boutin, en apportant son soutien à la secrétaire d'Etat qui présentera son plan pour les banlieues le 8 février.
Le Premier ministre est apparu tout au long de cette vraie-fausse conférence de presse léger et primesautier, ce qui a de quoi surprendre. Il est vrai que celui-ci avait pris connaissance des derniers sondages, notamment de BVA-L'Express qui le créditent d'un gain de deux points alors que Nicolas Sarkozy en perd 6. Le président passe désormais, selon cette enquête, en négatif avec 48 % d'opinions défavorables contre 45 % de favorables, alors pour le Premier ministre, les bonnes et mauvaises opinions s'équilibrent à 43-43 %. Délicieuse revanche pour le « Petit Chose », même si l'on pourra dire que c'est sa transparence qui lui permet d'échapper au ressac et qu'en étant inexistant, il ne peut guère provoquer de ressentiment, contrairement à Nicolas Sarkozy. Certains proches de Fillon ne manquent pas de faire remarquer au contraire que paie son sérieux, sa solidité modeste et acharnée qui contraste tellement avec l'agitation prétentieuse, brouillonne, clinquante du président. Fillon aurait eu raison de garder toujours son ton et son costume gris d'instituteur, de se méfier des médias aussi. Ce qui ne l'a pas empêché de les soigner, de leur donner à manger mieux qu'à l'Elysée. Le buffet était, paraît-il, « somptueux » ; les journalistes en ont titubé de bonheur, dit-on, tout l'après-midi. Fillon sait y faire quand même. Pour preuve encore, sa dernière question : « Etes-vous un Premier ministre heureux ?, s'est-il demandé à lui-même » « Oui, quand je suis avec vous, a-t-il conclu ». Moi, c'est pareil !...
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