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La grande illusion bancaire

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Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Les dirigeants de banques vivent avec l'espoir fou de contrôler le risque.

La grande illusion bancaire
Peut-on contrôler la finance internationale, et les agissements des banques ? Donc à Londres se sont réunies les quatre Grands, italien, Allemand, Anglais, et Français. Le Français a dit : «Il est temps de mettre de la transparence, des nouvelles règles prudentielles dans les systèmes financiers, et de préférer prêter de l'argent à celui qui entreprend et crée de la richesse plutôt qu'à celui qui veut acheter pour dépecer et spéculer.» C'est une magnifique question posée par le président français, déjà posée en 1944 par le Général de Gaulle et en 1981 par François Mitterrand. Si l'on regarde l'exposé des motifs des lois qui nationalisèrent le système bancaire en France en 1944 et en 1981, on est frappé par la similarité des objectifs invoqués : mettre la Banque au service de l'entreprise. Faire de la banque un simple outil, un simple intermédiaire, sans plus, qui favorise les créateurs de richesse.

Ce qui pose la question de savoir ce qu'est une banque ? Une société qui n'a pas un sou, qui emprunte de l'argent pour le re-prêter, et, au passage, prend sa petite commission. Elle transforme de l'argent que vous déposez à vue, au jour le jour, en des prêts à 20, 30 ans ou plus. Elle transforme l'instant en de la durée. Mais une banque doit-elle spéculer ? On peut imaginer que son travail de spéculation soit marginal, et en tout cas totalement séparé de la gestion paisible en bonne mère de famille des économies des bons pères de familles. Et qu'elle n'utilise pas les économies des épargnants pour spéculer. Or aujourd'hui, la spéculation représente (je parle de la Société Générale) près de la moitié de ses profits ! Or, à la différence du joueur du Casino, qui sait au fond, qu'il ne gagnera pas, la Banque elle, croit qu'elle domine le risque, Voilà sa grande candeur, sa naïveté, et sa faute majeure, ses dirigeants croient qu'elle domine le risque par ses techniques de prévision, ses modèles mathématiques et ses nouveaux produits financiers. Elle construit donc une gigantesque industrie du risque, une industrie financière, elle fabrique du risque pour tuer le risque, elle chasse par la porte le risque qui revient par la fenêtre. A qui profite la spéculation ? Aux spéculateurs. D'abord et surtout aux spéculateurs.

Le dicton du jour
: toujours un dicton de mon ami banquier : «si les petits prêteurs arrivent en Bourse, alors il est temps d'en partir.»


Retrouvez « L'autre économie » de Bernard Maris, en direct sur France Inter, du lundi au vendredi à 6h49.

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