A une semaine des cérémonies d'ouverture des JO de Pékin, ce que les journalistes craignaient est désormais vérifié. Ils n'auront pas accès à tous les sites internet, malgré les promesses du président du comité olympique.
Alors qu'un porte parole du comité d'organisation des Jeux olympiques a annoncé que les journalistes n'auraient pas accès à tous les sites internet, l'interview réalisée en mars dernier par Ulysse Gosset du président du CIO, Jacques Rogge, laisse perplexe:
«Nous allons amener en Chine plus de 25.000 journalistes qui auront la possibilité de faire leur métier et j'insiste là-dessus. Ceci aura une influence indirecte sur toute la Chine». Dans une autre interview, Jacques Rogge évoquait même une libéralisation possible permise par les JO :
«Pour la première fois, les médias pourront faire des reportages librement et les transmettre en Chine sans restriction. Il n'y aura pas de censure sur Internet». Naïveté, tromperie, enfumage ?
Des débits un peu lents et des sites censurés
Sun Weide, porte parole du comité d'organisation a précisé sa pensée. L'idée était d'offrir l'accès à l'Internet - certains journalistes présents sur place se plaignent de débits particulièrement lents - et non à tous les sites Internet :
«Notre promesse était que les journalistes pourraient se servir d'Internet pour leur travail pendant les Jeux olympiques. Et nous leur avons donné suffisamment d'accès pour cela».
«Pas d'exigence impérative du CIO»
Cette décision n'est pas vraiment une surprise, puisque depuis plusieurs années, la Chine a déployé une armée de cyber guerriers chargés de surveiller les internautes et de bloquer l'accès des sites «suspects». Auteur du livre
Internet et la Chine, Pierre Haski décrypte la décision chinoise
sur le site aujourdhuilachine.com :
«C'était prévisible, la Chine n'avait pas de raison de faire autrement. Il n'y a jamais eu d'exigence impérative du CIO dans ce domaine. Alors la Chine impose ses propres règles et le rapport de force est tel en se moment qu'elle peut faire ce qui lui semble logique. Elle n'a pas de cadeau à faire au reste du monde. Elle n'est même pas gênée de parler ouvertement de censure sur internet. Le CIO a fermé les yeux pendant sept ans, alors pourquoi faire des efforts à la veille des JO ?».
La quadrature du cercle de sécurité chinois
Déjà dans son ouvrage
Les services secrets chinois, le journaliste Roger Faligot annonçait que le système de sécurité chinois se révélerait quadrature du cercle :
«Comment assurer une totale protection sans imposer une gangue protectrice qui soit aussi une cangue étouffante pour la population et les visiteurs ? Comment s'assurer que la sécurité sera à 100% garantie, sans empêcher les journalistes de faire leur travail librement ? Comment éviter de porter atteinte aux droits et principes auxquels sont attachés ces mêmes visiteurs et ces journalistes , quand on verrouille les médias, qu'on fiche les journalistes, qu'on intercepte les courriels et les SMS (…)»
Une nouvelle épreuve olympique : l'avalement de couleuvres
Pendant ce temps là, le CIO discute avec les autorités et Bernard Laporte exprime sa
«préoccupation». Tremblez, Chinois !
Autant dire que c'est la Chine qui va imposer son modèle de fonctionnement médiatique et logistique pendant trois semaines. Le CIO, et à travers lui tout l'Occident, porteur de valeurs qu'il pense universelles, n'a pas fini d'avaler des couleuvres… Une épreuve difficile mais qui pourrait bien devenir olympique.
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