Avec La lettre A, la chronique de Jean-Michel Quatrepoint. Excédents commerciaux, planche à billets, développement technologique, la Chine mobilise toutes ses ressources pour devenir la première puissance mondiale.
L'année 2008 sera celle de la Chine. Le monde entier aura les yeux rivés, cet été, sur les Jeux olympiques de Pékin. On peut déjà prédire qu'ils seront un incontestable succès, tant sur le plan de l'organisation que des performances des athlètes chinois. Cet événement fera apparaître aux yeux du monde que l'empire du Milieu a bel et bien l'ambition de devenir l'Empire. Les masques tomberont.
Le contraste risque d'être d'autant plus saisissant que les vieilles nations - celles qui ont humilié il y a plus d'un siècle la Chine - seront, elles, confrontées à un début de récession. Avec une Amérique en pleine année électorale, incapable de prendre de grandes décisions. Avec une Europe qui n'est toujours qu'un patchwork, un nain politique aux mains d'eurocrates naïfs. Avec un Japon vieillissant, qui a bien du mal à rebondir.
L'usine du monde
Le rouleau compresseur chinois est à l'œuvre, aux quatre coins du globe. Il passe même à la vitesse supérieure. En 2007, la Chine a accumulé 262 milliards d'euros d'excédents commerciaux. Un chiffre qui a été multiplié par huit en quatre ans. Elle ne se contente pas de vendre ses produits à l'Occident. Elle inonde le monde entier de ses marchandises. A commencer par les pays les plus pauvres, d'où elle importe les matières premières pour mieux y réexporter des produits finis, en liquidant au passage industries locales, artisanat et agriculture vivrière. Le Laos ne produit plus de cure-dents : il les importe de Chine. A Madagascar, l'industrie textile est en voie d'éradication, au profit de vêtements chinois de basse qualité. En Asie, en Afrique, en Amérique du Sud, les entreprises chinoises construisent routes, ponts et ports, utilisant et exploitant leur propre main-d'œuvre. Autant d'infrastructures destinées à accélérer et amplifier l'expédition des matières premières vers la Chine et la réexpédition de produits manufacturés. Pékin reproduit ainsi un modèle économique bien connu, qui porte un nom : le colonialisme.
En Asie, dans ce que la Chine considère comme sa chasse gardée ancestrale, son implantation s'opère d'autant plus facilement que les diasporas locales chinoises se sont mises au service de la mère patrie, leurs intérêts coïncidant désormais avec ceux de la terre de leurs ancêtres. Après Hongkong, Taïwan va basculer. C'est inexorable. Japonais et Vietnamiens, opposants ancestraux de l'empire du Milieu, auront de plus en plus de mal à exister.
Un défi pour l'Amérique
Vis-à-vis de l'Occident, la stratégie est simple : l'addition des excédents commerciaux, de l'épargne des Chinois et de la planche à billets doit permettre aux fonds souverains du pays, mais aussi à ses principaux
compradores, de s'installer au cœur même du système financier occidental, en entrant dans le capital des plus grands établissements financiers. Ses ambitions aéronautiques sont désormais affirmées. Elle en a au moins autant dans le nucléaire. Sans parler du spatial. La Chine veut tout faire, tout produire. Pas seulement pour elle-même, mais pour le marché mondial. En copiant, au besoin. En négligeant la qualité, pour mieux privilégier le prix. En s'appuyant aussi sur un cours du yuan parfaitement contrôlé.
Il y a plus de vingt ans, les Anglo-Saxons, à commencer par les Américains, avaient misé sur la Chine pour affaiblir l'URSS, rabaisser les ambitions japonaises et utiliser son réservoir de main-d'œuvre bon marché. Aujourd'hui, l'élève s'affranchit du maître. Il veut dominer à son tour. Il y a là un beau défi pour le futur président des Etats-Unis.
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