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Censé constituer la référence internationale en matière de palmarès des universités, le classement de Shanghaï est un outil du pouvoir chinois à usage essentiellement interne, complaisamment repris par la presse européenne, largement ignoré aux Etats-Unis.
Un peu comme le Michelin pour les restaurants, ou le guide Parker pour les vins, le classement de Shanghaï des universités constitue, à en croire les journalistes, LA référence mondiale en matière de classement des universités. Pour preuve, la presse de référence (Libération, le Figaro, Le Nouvel Obs, etc.), moutonnière comme toujours, célèbre chaque année le prétendu « très réputé classement de Shanghaï » notamment pour y pointer les mauvaises performances des universités françaises. Réputé chez qui, réputé de quoi, réputé où ? Nul ne sait vraiment. La seule affirmation répétée de sa réputation constitue sa réputation.
Un jugement sur les établissements étrangers à vocation interne
Qu'en est il vraiment ? Surgit de nul part, sinon de Shanghaï, le classement est complètement inconnu jusqu'en 2003 où il est publié sur Internet -un peu rapide pour se tailler une telle réputation…- par l'université Jiaotong : Université des Communications de la métropole chinoise. L'une des trois plus importantes de Shanghaï. A sa création, il constitue alors un jugement inédit des universitaires chinois sur les établissements étrangers, présenté aussitôt comme la nouvelle référence internationale, notamment du fait de ses origines chinoises. Puisque c'est désormais là que tout se passe… « A l'origine, le but était de répondre à une demande du gouvernement chinois, qui voulait disposer d'une évaluation comparative des universités. Notre pays veut mettre en place une série d'établissements de classe mondiale d'ici à 2020 » expliquait dans Les Echos l'un des auteurs du palmarès lors d'une rencontre à l'Académie des sciences, à Paris en mai 2007.
Les américains sur le podium
Chaque année, les universités américaines se taillent la part du lion. Pour l'année 2007 - le dernier cru qui sera officiellement présenté le 15 août prochain - le trio de tête est toujours composé de Harvard, Stanford et Berkeley. 16 établissements américains figurent parmi les 18 premières. Les britanniques Oxford et Cambridge se partagent les deux autres places, respectivement la 4e et la 10e, comme l'an dernier.
Les Français sont loin. Trois établissements hexagonaux, contre quatre précédemment, figurent à ce palmarès. Quant aux Chinois, ils sont très, très loin…
Un classement réputé parce que… Chinois
Directeur du bureau de l'Agence France Presse à Pékin depuis 2002 et en poste dans la capitale depuis le début des années 80, le journaliste Philippe Massonnet déconstruit méthodiquement, dans son livre Pour en finir avec le miracle chinois, le classement de Shanghaï devenu mythologie : « Ignorance des journalistes ? A l'évidence. Jiaotong est une université connue parmi d'autres, certainement pas très réputée. Le classement n'a, lui, finalement que très peu de valeur. (…) Pourquoi attacher autant d'importance à un classement nouveau dont les critères sont contestables, pour ne pas dire suspects, pourquoi le surcoter si ce n'est… parce qu'il est chinois ? Parce qu'il faut vendre la Chine à l'opinion publique occidentale. (…) Plus que le classement, c'est la démarche qui compte : les Chinois s'intéressent de plus en plus à ce qui se passe hors de leurs frontières. Et ils admettent qu'ils ont du chemin à faire dans le domaine de l'éducation supérieure ».
En fait, le classement relève plus de l'instrument politique. Un bulletin de notes annuel délivré aux universités chinoises, fortement incitées à marcher dans les pas des plus prestigieuses universités anglo-saxonnes avec l'espoir de tutoyer, un jour, le sommet du classement. Subtil.
Ni objectif, ni neutre
Déjà dans un rapport publié le 2 juillet dernier, le sénateur Joël Bourdin (UMP) étudiait les méthodes utilisées dans différents classements: « Ceux-ci sont le résultat de combinaisons subjectives d'indicateurs: loin d'être scientifiquement 'neutres', ils reflètent toujours des orientations de fond ». Insistant sur le classement chinois, le parlementaire écrivait : « Celui-ci ne concerne que les sciences dures, est fait en fonction d'un certain nombre de critères uniquement liés à la recherche - le nombre de Prix Nobel, de médailles Fields, le nombre de citations dans des revues précises telles 'Nature'. Il ne faut pas s'étonner que les universités françaises ne soient pas dedans, notamment parce que les sciences humaines, les lettres, le droit ou encore les publications de nos chercheurs dans des revues en français ne sont pas pris en compte ».
A noter que si les médias français ne cessent de commenter ce palmarès, selon l'observatoire Boivigny de l'enseignement supérieur, outre-atlantique le « très réputé » classement de Shanghaï est pour ainsi dire largement…ignoré.
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