Tony Blair président du conseil européen ? Si l'hypothèse dune candidature de lancien premier ministre à la tête de lUE suscite déjà la polémique. Mais avec le soutien de Nicolas Sarkozy, tout devient possible. N'est-ce pas ?
Sans doute déjà lassé et peut-être même convaincu des limites de l'ouverture intérieure, Nicolas Sarkozy cherche désormais à enfoncer des coins dans l'Internationale Socialiste pour tenter l'ouverture au delà des seules et très étriquées frontières hexagonales.
A ce titre, l'invitation de Tony Blair par Nicolas Sarkozy devant le conseil national de l'UMP est encore une fois un joli coup de billard. Avec Sarko, on ne compte plus les bandes…
D'autant que Tony Blair a largement payé de sa personne, allant peut-être même au-delà des espérances du président de la République.
« Aux Etats-Unis, je serais démocrate. Au Royaume-Uni, je suis travailliste. En France, je serais probablement…au gouvernement »
a déclaré l'ancien premier ministre britannique devant les cadres de l'UMP conquis, avant d'ajouter
« non, je serais au Parti Socialiste, je reste fidèle à ma famille politique, mais aux côtés de ceux qui ont à cœur de le transformer ».
Tony Blair venant pointer du doigt « l'archaïsme du socialisme français »devant la droite majoritaire. L'essentiel était dit, la blague a bien plu. Sauf au Parti socialiste, où l'on se souvient encore des propos mal perçus de Ségolène Royal dans le
Financial Times, défendant alors la politique du premier ministre anglais en matière de services publics et d'emploi des jeunes.
Mais comme souvent, il n'était pas seulement question de s'amuser. Tony Blair est également venu vendre sa future candidature à la première présidence de l'UE dont la France devra préparer la répartition.
En ce sens, il a obtenu la bénédiction du chef de l'Etat qui l'a qualifié de
« grand d'Europe ». A force de le marteler, Nicolas Sarkozy finira peut-être lui-même par se convaincre.
Si Blair n'est pas Thatcher, il est plutôt pro-européen pour un britannique. Il n'en reste pas moins le « caniche de Bush », celui qui a soutenu jusqu'au bout la stratégie américaine en Irak. Difficile à défendre pour le président du pays qui s'est distingué par son refus d'accompagner les Etats-Unis dans leur entreprise funeste.
« Indigne et consternant »
« Tout ça est assez consternant » commente le député européen Pierre Moscovici,
« c'est indigne de sa personne. Outre qu'il oublie à quelle famille politique il appartient, il abîme sa propre image car il a mené une politique contrastée. Il a été un grand européen et en se comportant ainsi il ne sert pas la cause de ceux qui ne veulent pas le considérer comme un diable social-libéral.».
Histoire d'en rajouter une couche, Jean-Pierre Raffarin a tenté d'expliquer la démarche, utilisant tous les fumeux concepts sarkozyens élaborés récemment : «
La politique de civilisation doit s'inspirer du blairisme mais elle ne doit pas renoncer à l'humanisme français, cette double inspiration lui permettra d'être à la fois réformatrice et populaire ». Edgar Morin, adepte de Tony Blair pour le bien de Sarkozy. Comprenne qui pourra…
Si, pour Tony Blair, la partie est encore loin d'être gagnée, notamment parce que l'absence de l'euro en Grande Bretagne est un obstacle considérable, que Gordon Brown ne sera sans doute pas un des plus farouches partisans de la candidature Blair, que l'ancien premier ministre britannique est loin de faire l'unanimité chez les socialistes européens, néanmoins selon Pierre Moscovici, qui en rit jaune,
« désormais avec le soutien du président français, tout devient possible ». C'est beau comme du Sarkozy en campagne.
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