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Après les Tibétains… les Ouïghours, têtes de Turc des Chinois

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Pendant les J.O., retrouvez les chroniques quotidiennes de notre envoyé spécial à Pékin, Alain Léauthier. Depuis l'attentat qui a tué, le 4 août, 16 policiers chinois, le monde entier découvre les Ouïghours, musulmans turcophones de la province du Xinjiang.

Après les Tibétains… les Ouïghours, têtes de Turc des Chinois
Avant de parler, il a hésité quelques secondes, un sourire figé sur le visage, comme s'il s'excusait de son indécision et d'une trop grande prudence. La question ne semblait pourtant guère prêter à conséquence («se sentait-il fier des JO ?») et tout autour de lui, mille, dix mille, cent mille Chinois travaillant, vivant ou passant sur l'artère Shoudutiyuguan Nanlu auraient été ravis d'y répondre par l'affirmative.
Seulement, hier, en milieu de journée, alors que la brume poisseuse consentait enfin à se lever sur Pékin, l'interlocuteur de Marianne2 était le propriétaire d'un boui-boui Ouïghour, natif du Xinjiang, la province de l'ouest chinois dont les habitants, des musulmans turcophones, redoutent l'afflux de migrants Hans, l'ethnie majoritaire en Chine. La veille, à Kashgar, la véritable capitale culturelle du Xinjiang, à l'aide de couteaux et de bombes artisanales, deux hommes s'étaient précipités sur un groupe de 70 policiers, en laissant seize définitivement au tapis. Depuis, les autorités chinoises ont annoncé l'arrestation de «dix-huit terroristes étrangers», suggérant fortement qu'ils pourraient être liés au Parti islamiste du Turkestan oriental (ETIM), une organisation indépendantiste dont les derniers faits d'armes remontent à plus d'un an.
Ces accusations, régulièrement relayées par les médias aux ordres, l'interlocuteur de Marianne2 n'en ignorait probablement rien.

Les têtes de Turc de la population
Comme les Tibétains, au fil des années les Ouïghours sont devenus les têtes de Turc de la population, suspectés de tous les maux et de toutes les horreurs, surtout dans les grandes villes. Ce qui n'empêche pas les voisins Hans du boui-boui de Shoudutiyuguan Nanlu de s'y fournir presque quotidiennement en nan bing, les galettes de pain fondantes, et en succulentes brochettes d'agneau. Sa clientèle ouïghoure s'est en revanche réduite à une poignée de fidèles. Il y a quelques années, le quartier en accueillait plusieurs milliers, logés dans de petites maisons individuelles qui, à l'image de nombreux secteurs de la capitale, ont laissé la place à une succession de grands ensembles d'habitation dotés de tout le confort. Et aujourd'hui occupés essentiellement par des Hans. D'eux-mêmes, ou chassés manu militari par l'armée, la plupart des Ouïghours de cette zone ont repris le chemin du Xinjiang et n'ont plus aujourd'hui le droit de revenir à Pékin. Le restaurateur, lui, dit vouloir rester. Les insultes ouvertes restent rares même si les rumeurs et les légendes urbaines concernant sa communauté révèlent la profondeur du divorce. Il y a un peu plus d'un mois, l'une d'entre elles courait sur Internet et dans bien des foyers : deux Ouïghours atteints du Sida s'ingéniaient à mélanger leur sang contaminé dans les cuisines des restaurants servant la cuisine du Xinjiang… Aujourd'hui encore certains Pékinois hésitent à en franchir les portes. Et si l'on évoque devant eux les discriminations ou le «génocide culturel» dont se plaignent les Ouïghours, c'est alors un cri du cœur ingénu : «Mais ils sont comme les Tibétains, ils ne nous aiment pas, pourtant ils sont Chinois…»

       

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